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L’Expo permanente qui restitue la mémoire de la réparation navale

L’Expo permanente qui restitue la mémoire de la réparation navale

Fév 17, 2019

Un patrimoine à visiter au Cap Pinède…

D’abord, cette évidence : si le port de Marseille a une longue mémoire, c’est parce que depuis la fondation de la ville jusqu’à la fin des années 1970, se sont tissées à travers les siècles une suite d’expériences  dans la réparation navale, transmises de génération en génération, sans cesse renouvelées. Un savoir-faire exceptionnel. Une ingéniosité sans laquelle le grand port, autrefois célébré par Albert Londres et qui regroupait entre la Joliette et la rue Beauvau les pavillons du monde entier, n’aurait été ce qu’il fut : le plus merveilleux kaléidoscope des côtes, suivant la formule du grand reporter.

Pas de port sans bateaux, mais sans réparation les bateaux ne prennent pas la mer. Les milliers d’ouvriers qui y ont travaillé ont constitué, au fil des décennies, un patrimoine à tous égards exceptionnel. Mais qui aurait disparu sans la passion qui animait une poignée d’anciens. C’est une belle histoire à narrer.

Jusqu’en 1976, Marseille se caractérisait par une importante activité de réparation navale. Celle-ci, un des piliers de l’économie locale avec l’agro-alimentaire et les BTP, employait plus de 6000 personnes. Elle nous renvoie à la famille Terrin qui a profondément marqué l’histoire économique et sociale du littoral provençal, des chantiers de La Ciotat en 1937, à Marseille avec la SPAT et ses filiales, en passant par Fos-sur-Mer en 1966.

Mais en 1979 une crise survenait avec la fermeture des ateliers Terrin. Tel un séisme, l’onde choc fut partout ressentie. Soudain les métiers spécifiques de soudeurs, riveurs, chaudronniers ou chalumistes, jadis si recherchés, connurent la précarité. A travers ces ouvriers devenus chômeurs, la crise frappait la réparation navale, elle même menacée dans sa propre identité. Mais au port la solidarité n’est pas un vain mot. L’on aida les nouveaux chômeurs et des employés créèrent des mutuelles de gestion des primes de licenciement. Au sein de cette mutuelle, l’idée de conserver la mémoire des métiers s’imposa d’emblée. Ce patrimoine était à préserver. La création en 1981 de l’association culturelle de la réparation navale marseillaise répondait à l’objectif.

                                               Une mémoire vivante

C’est grâce à elle que l’on peut visiter, aux Bassins de Radoub du Cap Pinède, sur les lieux même où tant d’hommes ont oeuvré, l’admirable exposition qui restitue la mémoire de la réparation navale marseillaise. Bruno Terrin, qui participa au groupe de réflexion sur la faisabilité d’un pôle mémoriel autour de la réparation navale, est l’un des membres de l’Association culturelle.

Celle-ci ne se définit pas comme un musée, loin s’en faut, mais bien comme une Association qui anime une exposition permanente, gratuite, et restituant la mémoire vivante de la réparation navale à Marseille. Une visite au Cap Pinède est à la fois instructive et pédagogique. Outils divers, pièces de machines sauvées de la destruction, documents d’archives, maquettes et autres collections soigneusement collectées, sont exposés dans des locaux prêtés par le Port Autonome.

« L’Association, nous dit Bruno Terrin, poursuit l’objectif de conserver et de valoriser, de manière vivante, la mémoire liée aux activités de la réparation navale. Systématiquement guidée, elle est animée par les anciens ouvriers eux-mêmes qui, dans le décor qu’ils ont créé, mettent en scène leur profession. Pour restituer l’ambiance d’une époque, la visite privilégie la présentation des maquettes animées, et propose un discours riche de vécu et d’anecdotes inhérentes aux différentes phases de la réparation d’un navire.  L’exposition se déploie sur 400 m2 et s’articule sur trois salles thématiques. »

Terrin !  Prononcez ce nom et les souvenirs se rallument ! Quarante ans après le démantèlement du groupe éponyme, nul n’a oublié. Ce patronyme est emblématique de la construction et de la réparation navale. Sur les vingt kilomètres de quais, partout on vous le dira : ce sont les Terrin qui ont hissé ce secteur d’activité aux avant-postes de la modernité et de la compétitivité, ayant toujours un coup d’avance sur les concurrents, éminents stratèges de l’anticipation… Ceux qui ont connu Pierre Terrin, figure tutélaire de la réparation marseillaise des années 1970, qui porta en visionnaire le concept du Grand Delta, peuvent en témoigner. Son fils Bruno, quatrième génération, bercé comme il le dit dans l’environnement maritime, a pris le relais en créant des entreprises ou en initiant des projets. Il assure et assume, aujourd’hui, la présidence de la Navale comme celle de l’UMM, l’Union maritime et fluviale de Marseille.

Dans cette relation constante entre la connaissance du passé d’un métier et l’imaginaire qui le sous-tend, il s’investit pour éveiller chez les jeunes des vocations par la formation, l’innovation technologique, le  devoir de mémoire.

A sa façon souriante et sympathique, il incarne l’homme libre qui toujours chérit la mer…

 

Contact : Association culturelle de la réparation navale, boulevard des Bassins de Radoub, 13002 Marseille. Tel : 04 91 98 61 67. Visite uniquement en groupe et sur rendez-vous. Transport : bus 35 et 36. Arrêt Boulevard des Bassins de Radoub.

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