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Patrick Coulomb : Marseille en noir et blanc

Patrick Coulomb : Marseille en noir et blanc

Avr 18, 2017

 

C’est bien connu : quand on aime bien, on châtie bien. Patrick Coulomb adore sa ville mais ne lui passe rien. Sans concession. Ainsi se démarque-t-il de tous ces thuriféraires qui savent si bien se boucher les yeux et le nez, experts dans l’art d’enjoliver même quand les poubelles débordent, nauséeuses et dégradantes, ne trouvant jamais à redire sur le fonctionnement d’une ville belle, attachante, mais parfois si décourageante… Coulomb est sans concession parce que profondément sincère. Et s’il est sincère c’est parce qu’à l’instar des vrais amoureux de leur ville, il a idéalisé celle-ci  qui malgré sa beauté naturelle et ses formidables atouts, ne parvient pas à s’affranchir de ses sempiternels clichés, accablée qu’elle est par le génie de Pagnol et l’insistance de ses épigones, et dont certains de ses habitants se trouvent toujours sur les seuils entre le vice et la vertu,  le plaisir et la souffrance, la fortune et la misère. Et si loin des vraies capitales que sont Barcelone, Milan, Munich qui commandent leur région dans tous les domaines.

Dans cet ouvrage tout simplement intitulé « On l’appelle Marseille« , le journaliste frappe un grand coup :  il fait tomber les masques. Sous forme de chroniques urbaines, en déambulant à travers la cité phocéenne,  l’oeil aux aguets et le coeur en bandoulière, prenant ici une photo, là une autre, toujours en noir et blanc, au gré de son humeur, clic clac sur l’autoroute, au coin d’une rue, devant un vieux hangar ou sur la terrasse d’un bar, sur front de mer ou à l’intérieur de la ville bigarrée, cosmopolite, vibrante ou avachie selon les endroits, avec talent et beaucoup d’adresse Patrick Coulomb vagabonde, folâtre et navigue sans écueils. Et parvient à saisir l’âme d’une cité qui ne se donne jamais au premier venu.  Une ville contrastée, aux particularismes si marqués qu’elle s’est toujours distinguée des autres, au point de ressembler non point à une cité au sens classique du terme, avec un centre et une banlieue, mais à un archipel constitué de 111 ilots qui sont autant de quartiers juxtaposés, sans liens les uns avec les autres…

Tout est ici question de regard, fût-il subjectif. Celui de Coulomb, bien acéré mais juste dans son acuité, focalise l’attention sur la notion de territoire. Le saviez-vous ? C’est le tunnel de Saint-Antoine qui matérialise la frontière entre Marseille et la Provence. Car au-delà des collines de la Nerthe, une fois sorti de la cuvette marseillaise on est déjà en pays d’Aix… « La désintégration spatiale du département induite par la répartition de l’industrie sur le pourtour de Marseille s’accompagne de la désintégration économique de la centralité fonctionnelle de la métropole. Et c’est le coeur de Marseille qui en souffre« , écrit Patrick Coulomb en mettant le doigt là où ça fait mal. Ainsi donne t-il du sens à son récit :  une ode à une ville unique parce que multiple, qui se réinvente parfois non sans nostalgie, mais où elle ne se réduit pas – et c’est heureux, n’est-ce pas ? – aux coulisses du bar sacré de la Marine. On en saura gré à Coulomb qui est parvenu à détourner notre attention des miroirs déformants du folklore et à montrer Marseille dans son authenticité, sa vérité.

« On l’appelle Marseille » de Patrick Coulomb. Ed. Gaussen Melmac Collection. 16€

 

Crédits Photos : Sophie Vernet (photo 1) et Editions Gaussen (photo 2).

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